lundi 16 juillet 2007

Tout est calme... (Zacharie 1,7-17)


Les prophètes on ne les écoute pas, ils sont tous fous.


Voyez Zacharie. Il nous raconte huit visions complètement apocalyptiques, visions qu'il aurait reçues en rêve au cours d'une même nuit, huit visions délirantes et incompréhensibles : des chevaux de toutes les couleurs, des forgerons qui détruisent tout sur leur passage, un live ouvert qui vole dans le ciel, des cigognes qui emporte un femme censée représenter la méchanceté...


Qu'est ce qu'on peut bien faire de ces histoires? Pourquoi on ne pourrait pas se contenter de l'histoire du bon samaritain, qui était d'ailleurs le texte prévu pour ce dimanche. Un bon petit texte qui prône l'amour du prochain, c'est à dire un beau message sur lequel on est tous d'accord... Doit-on vraiment se coltiner les hallucinations de Zacharie ce dimanche matin? Pourquoi se poser tant de questions? Tous ces textes bibliques nous sont vraiment trop étrangers.


Seulement voilà, un prophète, c'est un empêcheur de tourner en rond, c'est quelqu'un qui vient nous réveiller, nous titiller quand le monde s'endort et qu'il s'éloigne de Dieu.


Un prophète, c'est un secoueur de conscience et aujourd'hui, nous en avons sacrément besoin.

« Nous avons parcouru toute la terre, disent les cavaliers qui viennent faire leur rapport à Yahwé, nous avons parcouru la terre et nous y avons trouvé aucun signe d'agitation, tout est calme ».


Tout est calme. L'Europe occidentale n'est plus en guerre depuis 60 ans, il y a assez de pétrole pour brûler la planète, la croissance de l'inde nous permet encore de changer de téléphone portable tous les six mois et le nombre de morts sur la route baisse encore cette année. Oui tout va bien! Tout est calme!


Tout est calme, et ce ne sont pas les grandes églises qui vont nous réveiller. Non, elles sont bien trop préoccupées à se comparer les unes aux autres en prétendant chacune être la seule vraie Eglise. Les institutions religieuses cherchent plus à sauvegarder leur propre autorité qu'à annoncer celle de Dieu lui-même, lequel cela dit en passant, n'a jamais dit qu'il préférait le latin au swahili. Pendant que l'Eglise se regarde le nombril, le monde lui, dort profondément.


Toute est calme, pour Zacharie comme pour nous aujourd'hui, signifie que la terre est endormie, que ses habitants n'ont plus conscience de Dieu et qu'ils n'entreprennent plus rien puisque la peur de l'autre a tué toute espérance.


« Tout est calme ». Pourquoi Dieu ne se montre-t-il pas? Pourquoi Dieu ne vient-il pas nous aider à construire ce monde? « Où est Dieu ? » a-t-on parfois envie de crier. Il y a trente ans, le théologien Jacques Ellul disait déjà que notre époque est tellement biberonnée par la modernité, tellement endormie par le confort de la technique, qu'elle ne peut plus entendre Dieu. A l'heure où il n'y a plus de place dans l'oreille pour autre chose que de la musique industrielle et des communications téléphoniques, je crois que le message d'Ellul est plus que jamais d'actualité.


Jusques à quand cela doit-il durer? Jusques à quand seras-tu sans compassion pour Jérusalem? demande le messager à l'éternel-Dieu. Il y a 70 ans, tu t'es mis en colère contre ton peuple, celui-ci s'est détourné de toi et a subi l'exil à Babylone.


Aujourd'hui il est de nouveau en paix, chez lui, mais la peur le maintient dans la soumission à Darius et à son armée. Pourquoi ne lui permets-tu pas de vivre à part entière? Pourquoi ne l'aide tu pas à relever fièrement la tête? Pourquoi ne l'aides-tu pas à reconstruire le temple de Jérusalem et ses murailles pour vivre en paix avec toi?


Aujourd'hui aussi, je crois que l'Eglise doit faire comme cet ange du Seigneur et interpeller dieu pour lui demander « Jusques à quand? ». Jusques-quand resteras tu insensible à souffrance du monde? L'Eglise doit se réveiller et porter ce message des hommes devant Dieu.


Un tel geste n'est pas un manque de foi. Au contraire, interpeller Dieu comme le fait si bien le psalmiste, comme le fait si bien Job, c'est montrer que nous croyons que Dieu a la capacité de faire changer les choses.


Habituellement dans la Bible, les chevaux sont plutôt synonymes de guerre, d'invasion. Dans le premier testament, Dieu n'est jamais représenté ainsi. Les chevaux sont plutôts ceux des chars égyptiens à la poursuite du peuple hébreu. Si Zacharie fait appel aux chevaux pour sa première vision, c'est donc une manière de montrer que la puissance de Dieu est plus grande que toutes les armées étrangères qui peuvent nous menacer. Manière de montrer qu'il faut arrêter de craindre les armées de Darius mais plutôt Dieu lui-même.


L'image des chevaux est d'ailleurs reprise dans la huitième vision, c'est à dire la dernière, où quatre chars partent vers les quatre points cardinaux, annoncer la reconstruction du temple prochaine et la venue de l'envoyé de Dieu.


Dieu a donc les moyens de répondre à notre interpellation. Et dans la vision de Zacharie, il renouvelle sa promesse, il montre toute sa compassion pour nous, son peuple :

« Le Seigneur adressa à l'ange des paroles rassurantes et réconfortantes : je vais revenir à Jérusalem pour y manifester ma bonté. Mon temple sera rebâti et l'on reconstruira ma ville »


Croyez moi, les prophètes sont fous, on ne les écoute pas parce qu'on ne les comprend pas. Pourtant on a besoin d'eux, car c'est eux qui nous empêcheront d'aller dans le mur. On a besoin d'eux car ils apportent une parole d'espérance dans le brouhaha de notre monde.


Zacharie c'est un livre qui parle à une société où la peur conduit au repli sur soi.


Zacharie, avec son collègue Agée vient réveiller les hommes et les femmes de son
temps en leur apportant une nouvelle espérance.


Puissions à notre tour entendre leurs appels et réveiller ainsi notre foi.

 
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